Mercredi 25 novembre 2009 3 25 /11 /2009 17:23

Le Gouverneur de la Province de Namur, Denis Mathen, était en visite dans notre ville, ce 25 novembre 2009. Nous en avons profité pour le sensibiliser au classement du quartier des Carmes. Celui-ci a été conçu sur les plans d’Adolphe Ledoux et construit en une dizaine d’année seulement à partir de 1928. Son nom vient du couvent fondé sur le site en 1627. C'est un ensemble urbanistique et architectural d’un grand intérêt et d’une grande valeur sur le plan patrimonial que la Ville de Namur souhaite préserver et mettre en valeur.

 


Préserver


La qualité de cet ensemble justifie pleinement qu’il soit préservé et protégé, au travers d’un classement comme ensemble architectural en raison de :

 

- son intérêt historique : Il marque une étape importante du processus d’urbanisation de Namur, dans une large zone intra-muros à l’époque figée et refermée dans son affectation en institutions caritative et pénitentiaire. Après avoir été, pendant l’ancien régime « soustraite » à la vie publique en tant que propriété de diverses communautés religieuses (que Joseph II jugeait « parfaitement inutiles à la religion, à l’Etat et au prochain »). Ce phénomène de ré-appropriation aussi tardive (l’entre-deux-guerres) et aussi ample en centre ancien est relativement rare en Wallonie. L’opération témoigne clairement de la volonté des namurois de sortir du marasme des années 20-30, au niveau du logement (taudification, pénurie) et du chômage. Une nouvelle attractivité commerciale, dans un environnement résolument moderne, pouvait engendrer aussi une renaissance du tourisme de la «Porte des Ardennes».

 

- son intérêt urbanistique : Il est une belle réussite d’intégration souple et harmonieuse dans une vieille trame urbaine. A l’inverse des théories d’un Le Corbusier, par exemple, tout tracé orthogonal a été rejeté au profit de douces sinuosités ménageant d’intéressantes perspectives, dans une volonté affirmée de mixité des fonctions : commerces de détail ou de « grande surface », espaces-galeries, lieu récréatif (Caméo), garage automobile, bureaux (banque), cabinets médicaux, appartements et habitations unifamiliales. Une vraie ville moderne prolongeant, et entrainant, une ville ancienne.

 

- son intérêt architectural : Bâti en une dizaine d’années seulement, il constitue un ensemble d’une homogénéité stylistique rare. C’est un florilège de réalisations Art Déco parfois exubérantes, parfois au contraire teintées de modernisme, concurrencées ça et là par quelques velléités passéistes. Homogénéité certes, mais dans une expression bigarrée : variété de couleurs du matériau prédominant, la brique ; spirales, ondulations ou géométrie des décors de pierre reconstituée, des menuiseries, des ferronneries et des vitraux. Homogénéité aussi dans l’animation des reliefs : bow-windows de toutes formes, batteries de lucarnes maçonnées prolongeant les façades, porches de vitrines ou des entrées carrossables. Un étonnant chapelet de vitrines Art Déco ou modernistes s’égrène encore au fil des rues, précieux témoins d’un nouvel art de la séduction commerciale. Enfin, on notera l’intéressante démarche que constitue la réinsertion, dans ce contexte urbain moderne, des vestiges du couvent des Carmes : dégagé par une enfilade de boutiques basses et complété d’une aile mimétique, ce dernier, dominé par les toitures de son ancienne église, apparaît comme un point d’ancrage du nouveau quartier dans le Namur historique, un quartier décidément bien nommé… .

 

Pourtant ces immeubles subissent au fil des ans des modifications d’ampleurs diverses qui peu à peu altèrent et diminuent la valeur patrimoniale de cet ensemble. Dès à présent, la Ville se veut vigilante quant aux transformations de ces immeubles. Le classement comme ensemble architectural permettra non seulement d’encadrer davantage les transformations ultérieures sans pour autant faire peser de contraintes exagérées sur les projets de réaffectation et d’aménagement des immeubles, mais aussi d’aider financièrement et conseiller les propriétaires et les habitants dans leurs projets, et de les sensibiliser quant à la qualité de cet ensemble patrimonial.

 

Mettre en valeur


Il ne suffit bien évidemment de classer un bien pour en assurer la préservation. Une telle mesure doit s’accompagner d’actions concrètes de mise en valeur. Ainsi, dans le cadre de l’étude sur le centre ville qui vise à améliorer la convivialité et la sécurité des usagers dans les différents quartiers, il est proposé de définir une zone de rencontre comprenant la rue des Carmes, la rue des Croisiers et l’impasse Saint-Joseph. Cette zone de rencontre permettrait de soutenir le développement de ce quartier, de le relier au centre commerçant, et d’assurer une connexion très importante entre celui-ci et la place de la Station.

 

Cependant, l’éclairage actuel du quartier est blafard et ne contribue pas à la convivialité et à la qualité de cadre de vie du quartier. Il est également énergivore. La Ville a de ce fait confié à Mme. Isabelle Corten, urbaniste-lumière, l’établissement d’un « plan lumière » spécifique pour ce quartier, avec pour objectifs de :

  • remplacer l’éclairage public des différentes rues du quartier
  • animer les façades les plus remarquables du quartier d’un éclairage scénographique soulignant leurs détails architecturaux,
  • animer les galeries Saint-Joseph et Wérenne d’un éclairage accompagnant leur rénovation future,

L’éclairage du Caméo sera quant à lui développé conjointement avec le projet de restauration du bâtiment.

 

  • Le diagnostic et l’avant-projet intitulé « Des gouttes de lumière dans un ciel Art Déco », ont été présentés au Collège communal. Les propositions de cet avant-projet consistent en :
    une modulation de l’éclairage dans le temps. Tant que les vitrines et l’éclairage scénographique fonctionnent, l’éclairage public peut être diminué en puissance voire éteint. Inversement, une fois les vitrines et l’éclairage scénographique éteints, l’éclairage public peut être intensifié.
  • un éclairage public et un éclairage scénographique dans des tonalités de blanc, l’éclairage du Caméo pouvant en revanche faire usage de la couleur pour souligner la vocation spécifique du lieu.
  • la création d’une ambiance douce faite de clairs-obscurs où le passant va de découverte en découverte.
  • un éclairage public ramené à des hauteurs moindres qu’il ne l’est actuellement et remplacé par un matériel contemporain plus économe, et ce y compris pour la rue de l’Inquiétude.
  • des recommandations aux commerçants en vue de s’intégrer dans le projet d’ensemble, d’améliorer la mise en lumière de leur vitrine, voire de limiter leur éclairage à certaines heures, dans un souci également d’économie d’énergie.
  • un éclairage scénographique fait de touches et de goutes de lumière mettant en évidence des détails architecturaux que le passant ne remarque pas nécessairement (motifs sculptés, bas reliefs, verrières et portes vitrées, …). Environ quarante façades seraient ainsi concernées par cet éclairage scénographique.
  • un éclairage spécifique et différencié des deux galeries ainsi que de la placette de la venelle de la Grande Forge.
  • une remise en fonctionnement de l’éclairage de la façade de l’église Saint-Joseph.

 

La Ville travaille maintenant à définir précisément la mise en œuvre de ce plan. Les étapes envisagées sont :

2010 – Remplacement de l’éclairage public

2011 – Mise en place de l’éclairage scénographique

2012 – Mise en place de l’éclairage des deux galeries.

 

 

Par Arnaud Gavroy - Publié dans : Urbanisme
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